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Qui était la première Marianne de la République ?

Marianne Républicaine
Qui était la première Marianne de la République ?

Aujourd’hui, nous avons l’habitude de voir des célébrités comme Laetitia Casta ou Sophie Marceau prêter leurs traits à Marianne. Mais à la fin du XVIIIe siècle, quand la République naissante cherchait un visage pour incarner ses idéaux, vers qui les sculpteurs et les peintres se sont-ils tournés ? Existe-t-il une “première” Marianne historique ? La réponse nous plonge dans une enquête fascinante entre art révolutionnaire et symbolique populaire.

1792 : Le Sceau de la Première République

Le véritable acte de naissance officiel de Marianne (qui ne portait pas encore ce nom de façon systématique) date du 22 septembre 1792. Au lendemain de l’abolition de la royauté, la Convention nationale décrète que le nouveau sceau de l’État représentera une femme debout, tenant une pique surmontée d’un bonnet phrygien.

Cette première Marianne officielle n’est pas le portrait d’une personne réelle. C’est une figure idéalisée, inspirée des statues de la Liberté de la Rome antique. Elle doit incarner la majesté de la loi et la force du peuple. Mais dans l’ombre des ateliers d’artistes, des modèles bien réels ont commencé à poser pour donner corps à cette abstraction.

Les Modèles Anonymes de la Révolution

Pendant la période révolutionnaire, les artistes comme Jacques-Louis David ou Jean-Baptiste Regnault ont souvent utilisé des modèles anonymes, issus du peuple de Paris, pour représenter la “Liberté” ou la “République”.

On raconte que certaines citoyennes engagées dans les clubs révolutionnaires auraient servi d’inspiration. Ces femmes, qui participaient aux manifestations et aux débats politiques, offraient un visage bien plus vivant et énergique que les statues de marbre grecques. Elles incarnaient cette Marianne “combattante”, les cheveux au vent, prête à défendre la patrie.

Marie-Anne Mouhat : La Marianne du Sud ?

Une légende tenace circule dans le Sud de la France, du côté de Narbonne. On y parle d’une certaine Marie-Anne Mouhat, une jeune femme d’une grande beauté qui aurait été choisie par des révolutionnaires locaux pour incarner la République lors d’une fête patriotique en 1792.

Bien qu’il soit difficile de prouver historiquement qu’elle soit la source unique du prénom, cette anecdote souligne une réalité : la République s’est incarnée à travers des milliers de fêtes locales où les plus belles jeunes filles des villages étaient choisies pour porter le drapeau et le bonnet rouge. C’est cette multitude de visages anonymes qui a fini par créer le mythe de la Marianne populaire.

La Marianne de 1848 : Le Tournant de la Seconde République

Si la Première République a créé le concept, c’est la Seconde République (1848) qui a véritablement lancé le concours pour trouver “le” visage de la République. Le gouvernement provisoire lance alors un grand concours de peinture et de sculpture.

C’est à cette époque que deux types de Marianne s’affrontent :

  1. La Marianne sage : Assise, sereine, entourée de symboles de travail et de paix.
  2. La Marianne révoltée : Debout, le sein découvert (symbole de la mère nourricière et de la liberté), rappelant le célèbre tableau de Delacroix.

Finalement, aucune gagnante unique n’est désignée, ce qui laisse à chaque artiste la liberté d’interpréter le visage de la France selon sa propre sensibilité.

Des Bustes de Mairies au Profil National

Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, sous la Troisième République, que les bustes de Marianne se généralisent dans toutes les mairies de France. Le modèle le plus répandu à l’époque est celui du sculpteur Théodore Doriot. Son buste de Marianne, avec un visage à la fois doux et déterminé, a longtemps été considéré comme la “norme” avant que la tradition des modèles célèbres ne débute dans les années 1960.

Conclusion : Un Visage aux Mille Facettes

La “première” Marianne n’était donc pas une seule femme, mais le reflet de toutes les femmes françaises qui ont rêvé de liberté. De l’anonyme parisienne de 1792 à la célébrité d’aujourd’hui, Marianne reste ce symbole vivant qui refuse de s’enfermer dans un seul portrait. Elle est, par essence, le visage changeant et toujours renouvelé de la République.

Pour découvrir comment le visage de Marianne a évolué au fil des siècles, consultez notre dossier complet sur l’histoire de Marianne ou apprenez-en plus sur les autres symboles de notre pays.